En direct du canapé (saison 2020/2021): En thérapie, Hippocrate 2, Mare of Easttown & this is us

En guise de préambule, un grand clin d’oeil amical du cœur au camarade Thomas Sinaeve dont cette rubrique est un direct hommage à ses Golbeur en séries. Ensuite, un ban d’honneur pour Pierre Serisier dont l’illustre blog Le Monde des séries – espace d’accueil, d’ouvertures et de défrichages ayant permis à des milliers de lecteurs de découvrir des pépites de cet art encore méconnu, voire méprisé- a récemment fermé ses portes. Être bloggeur en 2021 est une gageure, un labeur endurant, gratifiant mais éprouvant, et mériterait une note à elle-seule. Autant dire que les deux compères sus-nommés ont été des modèles du genre et, à plusieurs reprises, une source d’inspiration lorsque la mienne venait à tarir. Où qu’ils soient, je les embrasse et ce billet leur est amicalement dédié.

EN THÉRAPIE- (Arte, 2021/ saison 1, 35 épisodes): Au vu de la déferlante critique, de l’avalanche d’éloges et de louanges à tout-va sur n’importe lequel des médias qui pouvait exister jusque dans le fin fond de la Lozère, on pouvait s’attendre à pas mal de choses de ce nouveau remake de la série israélienne Be Tipul.

On s’attendait à beaucoup de choses mais sûrement pas à une série de ce calibre. On avait beau savoir le duo Toledano/Nakache porté par un humanisme contagieux- volontiers critiqué par beaucoup de monde au regard de leurs multiples succès publics – on n’attendait pas les réalisateurs de Hors Norme, Le sens de la fête et de Samba sur le terrain d’une intimité crue, remuante, déstabilisante, parfois violente, jamais complaisante, toujours authentique. Et pourtant, à bien y regarder, il y a la même envie d’aller à l’encontre de l’autre en racontant des histoires à hauteur d’êtres vivants, tous atypiques dans leurs fêlures et tous blessés à leurs niveaux.

Laissant la place à d’autres metteurs en scène (Pierre Salvadori, Nicolas Pariser, Mathieu Vadepied), En thérapie émerveille par la grâce de son écriture. De par le cadre (Un psy, un patient), la parole se devait de créer une dynamique qui permettent l’intérêt : les répliques fusent, se cherchent, trouvent écho ou un écueil, et seuls les mots, l’échange, la communication permettent de dessiner à la fois le lien émotionnel entre le public et les personnages, mais également la manière dont ces derniers évoluent en tant que sujets de fiction. Ce lien représenté subtilement dans le générique – très réussi et terriblement obsédant- de la série. Pour cela, et pour que cela fonctionne, il fallait des acteurs d’envergure. Tous, à l’exception, peut-être, de Carole Bouquet un tantinet engoncée dans son rôle, sont époustouflants. La trentaine d’épisodes leur offre une palette d’interprétations mémorables (mention à Reda Kateb et Mélanie Thierry) et qui laissent, souvent, pas mal de plumes au spectateur.

En thérapie est disponible sur la plateforme Arte.tv

HIPPOCRATE 2 (Canal +, 2021/ saison 2, 8 épisodes): C’est donc par l’explosion d’une canalisation des eaux, en plein hiver, que s’ouvre la nouvelle saison d’Hippocrate, menée par un Thomas Lilti en pleine forme (no pun intented). Le service étant inondé, les urgences sont rapatriés précipitamment en médecine interne ; les patients étant parqués sur le moindre mètre carré de disponible. Nouveau venu dans la distribution de la série Bouli Lanners incarne le chef des internes qui va mener le bateau tant bien que mal, malgré l’arrivage sempiternel de blessés, le stress, la fatigue et le manque de moyen. Et voilà que notre quatuor de tête de la première saison se retrouve embarqué face à une pratique qu’ils maitrisent peu dans un contexte chaotique pré crise sanitaire. Sous l’eau. Littéralement.

Hugo & Igor, les blouses brothers…

Il y a beaucoup à dire, en bien, d’Hippocrate 2. Déjà parce que cette nouvelle saison n’a pas attendu le Covid pour parler de la crise hospitalière tout comme Thomas Lilti n’a pas attendu pour revenir, toujours, encore, à ce qui irrigue désormais son œuvre de cinéaste, d’essayiste (le bonhomme a rédigé Le Serment, paru cette année) et de showrunner : l’hôpital et son microcosme se faisant l’écho du monde. Après trois ans d’intersaison à peaufiner et transformer le coup d’essai d’une première saison prometteuse mais, étonnamment, terriblement bancale par moments, Hippocrate 2 fonctionne parce qu’elle n’hésite pas à prendre le taureau par les cornes et plonger le spectateur sur le terrain sans prendre des pincettes. Les histoires de cœur qui alourdissaient le récit de la saison précédente sont balayées d’un revers de la main pour ne s’intéresser uniquement qu’à l’action. C’est elle, l’action, qui dirige le récit. Pas de temps pour la réflexion car il n’y a pas le temps du tout. Peu de dialogues. Le rythme est travaillé au cordeau. Étonnamment, les personnages en ressortent plus fouillés, plus spontanés. Taillés dans l’os mais avec une palette de regards qui en dit long. Sur leurs sentiments, leurs colères, leurs émotions et, bien évidemment, la manière avec laquelle on aborde les soins au sein de notre de notre système économique. On pense évidemment à Urgences, à ses débordements, à sa mise en scène extraordinaire, à sa passion d’un récit chaotique d’où fleurissait une narration addictive et puissamment évocatrice. On pense, évidemment, à tout cela. Il n’empêche: Lilti cite ses inspirations tout comme sa connaissance inhérente du milieu. Sans se perdre dans les grands sentiments et les grands discours. C’est superbe, sans hésitation.

Hippocrate saison 2 est disponible sur myCanal.

MARE OF EASTTOWN (HBO, 2021/1 saison, en cours de diffusion): Il faut à peine cinq petites minutes à la nouvelle mini-série portée par Kate Winslet pour réussir son pari. En ce laps de temps très court, alors que l’on sait d’ores et déjà que l’on va suivre une intrigue certes rebattue un milliard de fois à la télévision et dans toute la littérature (un flic désabusé qui va entamer une nouvelle enquête faisant écho à une ancienne affaire et…à sa triste vie), on tombe encore dans le piège. Ou sous le charme. Ou les deux. Pourquoi là et pas ailleurs ?

Peut-être parce que Kate Winslet déjà. Ou principalement. Avec une filmo à tomber et des récompenses à la pelle, Kate n’a tellement plus rien à prouver qu’elle pourrait enchainer les projets sans se préoccuper d’autre chose que ses impôts. Son aura, indéniable, et sa renommée, d’une envergure telle que ses détracteurs se terrent dans un trou de souris, y sont pour beaucoup dans la réussite de cette production.

C’est donc grâce à Kate que l’on embarque: par et pour son regard perdu, sa présence électrique, toute en tension, en grogne et obstination, pour sa carrure et sa silhouette imposante mais discrète, fragile, qui sait faire tout l’étalage de son talent sans forcément tirer toute la couverture vers elle. Elle est, une fois de plus, sidérante de justesse, d’à propos, d’émotion. Ses partenaires (Guy Pearce, Julianna Nicholson, Jean Smart) sont, forcément, tirés vers le haut. Mais ce serait faire bien peu de cas de l’ambiance, très romanesque justement, de cette bourgade bruineuse et automnale de Pennsylvanie qui, sans tomber dans le surlignage ou la caricature, s’inscrit parfaitement dans le sillon du roman noir tel qu’on l’affectionne. Après tout, et même si l’intrigue tient pour l’instant la route du haut de ses trois épisodes, c’est toujours pour son caractère réaliste, troublant, que l’on suit ces histoires de communautés où tout le monde se connait. L’atmosphère classique et soignée du nouveau drama d’HBO, n’y échappe pas mais, au contraire, ne cherche pas à révolutionner le genre. Les seconds rôles, oh combien crédibles et concrets, sont parfaits. De la belle œuvre, séduisante et intrigante, qui donne envie d’enchainer un chapitre une fois celui en cours achevé.

Mare of Easttown est disponible tous les lundis sur OCS en US +24.

THIS IS US (NBC, 2021/ saison 5, épisodes 1 à 13): Une saison fortement maltraitée par l’épidémie de Covid, et donc fortement déséquilibrée dans ses arcs narratifs – revus et corrigés selon l’actualité sanitaire. Tout, loin s’en faut, n’est pas à jeter dans cette saison de transition, un tantinet erratique dans ses avancées et ses rebondissements intimistes.

Car il faut saluer la capacité de la série à avoir pris en considération la crise sanitaire et réussir à l’inclure, avec plus ou moins de heurts, dans son récit choral et philanthrope. Qui ne cesse de prendre du relief par ses entrelacs temporels toujours plus nuancés. Le plus beau parcours revient toutefois  à Randall qui poursuit magnifiquement sa quête identitaire, sous le prisme d’une actualité fortement marquée par le mouvement Black Lives Matter et le drame George Floyd. On a beau savoir Sterling K.Brown talentueux jusqu’au bout des ongles, le bonhomme montre encore une fois qu’il n’a pas volé ses Emmy, notamment dans Birth Mother (5×06), qui fut à la fois l’un des plus bels épisodes de cette saison télévisuelle mais également de la série dans son entier. Tout cela pour dire que les Pearson reviennent le 11 mai pour trois derniers épisodes. La saison 6 sera l’ultime baroud de ce qui est, nul doute, le mélo doudou dont notre époque a besoin.

La saison 5 de This is us est disponible sur myCanal en US +24.

Publié par

Élevé par Billy Wilder, Robert Zemeckis, Chaplin et Chandler Bing. A grandi à Capeside et au Cook County General. Autrement #Libraire dans la vie en vraie.

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