EN DIRECT DU CANAPÉ #2: FRIENDS, THE NEVERS & WANDAVISION

Au programme du jour: une réunion d’anciens élèves un peu ratée, un groupe de femmes débonnaires et débrouillardes et une fée du logis qui a sûrement une araignée au plafond. Bref, de quoi pester entre copains ou au contraire mettre son cerveau de côté et passer plusieurs soirées pizza en bonne compagnie.

FRIENDS THE REUNION (HBO MAX, 2021)

C’est peu de dire que Friends a compté et pas seulement dans le paysage télévisuel. Certainement davantage chez nous qu’outre Atlantique, contrée où la sitcom fut bien évidemment ultra populaire mais où le genre de la sitcom précisément n’est pas méprisé mais au contraire révéré, choyé et utilisé par beaucoup pour aborder des sujets sensibles. A de nombreux égards, et en dépit de toutes les piques dont elle a pu récemment faire l’objet (homophobie, grossophobie, racisme), Friends n’a pas hésité à faire preuve d’audace et de culot dans ses thèmes (PMA, mariage pour tous, adoption, blagues grivoises en tous genre) et d’apposer à son rouleau compresseur comique des touches d’émotion toujours bien amenées. Chez moi comme chez d’autres individus, Friends continue d’être une balise personnelle très importante. Non pas pour son aspect réaliste (la série de Marta Kauffman, David Crane et Kevin S.Bright) n’a cherché à peindre un New York, ou une Amérique, réaliste mais parce qu’elle est simplement parfaite, même dans ses imperfections. Les six acteurs de Friends possèdent une alchimie évidente, l’écriture et le rythme sont d’une précision d’horloger et la théâtralité de l’ensemble – cette touche éminemment vaudevillesque- qui caractérise et imprègne l’ADN du show ne dépareille pas avec les années. Ceci explique sans doute pourquoi la sitcom continue non seulement d’être regardée par un nombre incalculable de spectateurs et, de fait, qu’elle génère une source de revenus considérables.

Du coup, l’épisode des retrouvailles tant attendues par à peu près le monde entier, tellement annoncé que l’on ne l’espérait plus, repoussé d’une année à cause de cette maudite pandémie, déçoit parce qu’en réalité il accouche d’une souris. Près d’une heure quarante de beaucoup de choses et d’à peu près rien. On passera sur les années et les ravages du botox sur le visage de nos six amis préférés ; même si, pour un épisode réunion qui joue énormément sur la nostalgie il est curieux – pour ne pas dire malaisant- d’observer une absence farouche de rides sur la quasi totalité du cast. Dans cet épisode qui se veut festif, d’audace et de culot il n’en est cure. Non pas que l’on eut attendu une révolution quelconque (la série est une telle manne financière qu’elle est désormais beaucoup trop bien surveillée) mais, tout de même, avec dix saisons au compteur et certainement l’un des meilleurs cast de toute l’Histoire de la télévision, on pouvait au moins espérer passer un moment mémorable. Au final, beaucoup d’idées, beaucoup de guests (dont certains totalement expédiés), beaucoup de questions très quelconques et peu d’anecdotes. En plus de la reconstitution de tout le set, de retrouver la fontaine iconique du générique, les acteurs ont tout de même touché la bagatelle quasi indécente de 3 millions de dollars pour ne livrer aucune performance concrète.

Alors, oui, il est assez remarquable de les voir attablés et lire quelques passages cultes d’épisodes piochés ci et là : tous semblent heureux, à l’aise, et retrouvent sans difficultés des personnages quittés il y a presque vingt ans. Oui, les revoir s’embrasser fait chaud au cœur et, oui, le peu d’images d’archives extirpées de la Warner (notamment celles du final) émeut profondément. Mais le tout semble bien consensuel, sans réelle nuances, et malheureusement presque factice. Ni fait ni à faire. C’est terrible de l’écrire mais c’est vrai.

Sont-ils pas beaux là tous les copains ?

THE NEVERS ( HBO/ SAISON 1, épisodes 1 à 6)

Londres, fin du XIXème siècle. Un beau jour, un phénomène non identifié survole le ciel de la capitale d’Angleterre et « touche » au hasard des personnes qui se retrouvent avec des dons très spéciaux (entrevoir l’avenir, être atteint de gigantisme, parler diverses langues, refroidir les atomes ou, au contraire, créer du feu) plus ou moins utiles ou contraignants. Tous réunis dans un orphelinat financée par une mécène de la plus haute aristocratie (Olivia Williams, toujours impeccable), les « Touchés » tentent tant bien que mal de s’intégrer à une société qui les considère comme des pestiférées à exploiter si ce n’est des monstres à abattre. Et, si tant est que la majeure partie d’entre eux aient une attitude pacifiste et philanthrope, c’est bel et bien une guerre de classes qui se prépare en catimini. Voilà pour le pitch. Pour le fond et la forme, il va sans dire que la nouvelle création de Joss Whedon s’est donnée les moyens de son ambition en migrant sur HBO qui tente, et c’est tout à fait normal, de se trouver une nouvelle poule aux yeux d’or. Si la chaine à péages n’est pas étrangère au genre du fantastique (on se souvient avec émotion de Carnivàle), force est de constater que Whedon n’a pas lésiné sur les multiples sous-intrigues pour donner à sa mythologie suffisamment de biscuits pour nourrir d’éventuelles saisons à venir. Décors foisonnants, dialogues enlevés et pétillants, casting féminin aux petits oignons, personnages hauts en couleurs, récit feuilletonesque à tiroirs multiples, The Nevers est, en cela, un gros joujou steampunk et littéraire.

Rien ne manque à cette déclaration d’amour totalement pop. Rien ne manque, ou presque : si Whedon entend clairement dérouler un tapis rouge à la culture pop auquel il est dévoué (Buffy contre les vampires évidemment, mais aussi The Avengers) depuis des décennies, et si The Nevers reste un divertissement de très bonne qualité, deux craintes pointent déjà le bout de leurs nez: 1) après seulement six épisodes sur une poignée de douze, on voit poindre ci et là quelques longueurs et confusions qui interrogent quant à la longévité et la crédibilité de la série. 2) de fait, maintenant que Whedon a été dégagé pour son comportement pas jojo, la série va-t-elle tenir le cap de ses ambitions sans se reposer entièrement sur son decorum fantastique au détriment de ses personnages ?

WANDAVISION (DISNEY +/ SAISON 1, épisodes 1 à 9):

Cela commence de manière étonnante. Quasiment révolutionnaire dans l’armada titanesque et cinématographique de l’écurie Marvel.

Désormais sous la bannière Disney – qui possède de près ou de loin tout ce qui désormais régit Hollywood- WandaVision détonne de prime abord par sa liberté de ton, sa quasi audace pourrait-on dire, au sein d’une franchise tellement populaire, tellement surprotégée de toutes parts tant elle amasse des milliards, qu’il est tout bonnement impossible de vouloir y apposer une quelconque marque d’originalité. Sa relecture des sitcoms populaires de la télévision américaine (I love Lucy, Dick Van Dyke Show, La fête à la maison, Malcolm, Modern Family, j’en passe et des meilleures) dans ses tous premiers épisodes donne à WandaVision un charme dingue au sens littéral du terme : on sent bien que le ver est dans la pomme mais on ne peut s’empêcher de rire, ou de sourire, malgré le malaise perceptible qui s’insinue entre les murs de la jolie banlieue. Cette manière de faire du clin d’œil au spectateur tout en créant chez lui un embarras évident (sur la folie de Wanda) est sans doute l’élément le plus malin, le plus magique et le plus tragique, de cette nouvelle conquête disneyienne dans l’industrie de l’entertainment. Dommage que le lever de rideau sur la supercherie en question ne laisse place aux gros bras balourds du MCU qui, très content de son entrée dans le streaming, fait lourdement de l’appel du pied pour faire l’annonce quant aux futurs films de la marque.

Car une fois ceci écarté, la série rentre dans le rang et se contente d’abattre ses cartes sans grande passion. On retiendra malgré tout l’alchimie plus qu’évidente entre Elisabeth Olsen et Paul Bettany, tous deux parfaits jusqu’au bout du costume.

Publié par

Élevé par Billy Wilder, Robert Zemeckis, Chaplin et Chandler Bing. A grandi à Capeside et au Cook County General. Autrement #Libraire dans la vie en vraie.

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